21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 21:08

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcR-xGXBRhOGbyARrh9k13fcdV2eM4gRMKEf7mme23XDszRVplJqOwDrôle de question, surtout pour les non-initiés... ! C'est pourtant une vraie question, oecuménique notamment. Une question qui fait l'objet du mémoire de maîtrise [licence canonique] que je soutiens demain à 17h à la catho de paris - à l'Institut des Etudes Oecuméniques !

Il s'agit de s'interroger - pour dire vite - sur le rôle ou plutôt le ministère du pape dans la communion des Eglises, et plus précisément sur la question de l'exercice de l'autorité et la colléialité dans la conduite de l'Eglise.

Les premières pages de mon mémoire - qui sont une présentation introductive - peuvent, il me semble, vous faire toucher du doigt l'intérêt que pourrait avoir ce travail. Je les partage donc à qui voudra bien les lire !

 

Présentation

 

Ces pages sont plus une présentation – comme le titre l’indique – qu’une introduction à proprement parler – ce sera en fait le rôle que jouera notre première partie. Elles voudraient en effet expliquer le cheminement qui a conduit à la rédaction de ce mémoire pour en comprendre le contexte et le choix de la question à laquelle ce travail tente justement de répondre et par lequel il entend apporter bien modestement sa contribution à la réflexion œcuménique actuelle.

Le titre de ce mémoire [Le pape, évêque de Rome, successeur de Pierre, patriarche d'Occident ?] donne déjà l’itinéraire que nous allons développer brièvement ici pour en comprendre l’enjeu et nous faire ainsi entrer dans les pages qui suivent.

 

Le point de départ de notre travail fut la publication du « Document de Ravenne », discuté et approuvé en octobre 2007 par les membres de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique ente l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe. Ce texte, qui marque une étape importante dans la reprise du dialogue théologique entre ces deux Eglises et qui est le fruit de la Xème session plénière de travail de cette commission officielle, est intitulé : « Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Eglise. Communion ecclésiale, conciliarité et autorité » [1]. Au fil des pages nous revisitons et redécouvrons l’importance de la conciliarité dans l’exercice de l’autorité en ces trois niveaux de synodalité dans la vie ecclésiale que sont le local, le régional et l’universel ; la « figure » d’unité y étant celle de l’évêque, dans une ecclésiologie eucharistique sur laquelle il nous faudra bien évidemment revenir.

En finale de ce document important, la commission annonce le travail à poursuivre quant à une relecture commune de nos compréhensions de la primauté – indispensable à tout exercice de synodalité, de collégialité et de conciliarité – ; ceci au premier millénaire – c’est-à-dire ce que les historiens appellent bien souvent le temps de l’Eglise indivise –, puis, dans un second temps, après le schisme de 1054. Deux documents annoncés, donc, pour tenter de comprendre nos histoires et nos théologies respectives sur ce sujet ecclésiologique complexe et même brûlant. Ces démarches constituent une réponse, pour une part, à l’appel de Jean-Paul II dans son encyclique Ut unum sint de 1995 quand il en appelait aux théologiens et aux responsables des différentes familles ecclésiales à l’aider à envisager quel exercice de sa primauté serait à vivre pour servir une communion entre les Eglises.

 

Le thème de la primauté de l’évêque de Rome, qui, de l’avis des experts, est un des principaux obstacles aujourd’hui à un chemin d’unité effectif entre les Eglises et notamment avec celles de l’Orient, n’est pas sans questions pour le catholique romain que je suis et n’est pas sans répercussions ecclésiologiques pour la vie de mon Eglise, comme on peut s’en douter vu l’importance déjà médiatique et symbolique que joue la figure papale ; nous savons bien, d’ailleurs, que ce ne fut pas non plus sans querelles et combats au cours des siècles, jusqu’à tout récemment encore. C’est en effet une question qui reste tout à fait d’actualité, dans ce mouvement de réception du concile Vatican II que nous sommes en train de vivre.

Parmi les interrogations qui nous habitent, il y a, par exemple, celle de savoir jusqu’à quel point le pape est réellement – ou effectivement – évêque de Rome [2] ; ou celle de comprendre dans quelle mesure on peut dire qu’il est successeur de Pierre ; celle encore de mieux cerner quelle est la place que devraient tenir les évêques par rapport au pape, et inversement, pour une collégialité mieux vécue, déjà au sein de l’Eglise catholique romaine dont il est le primat…

Rappelons-le, le concile Vatican II, qui aborde toutes ces questions ou permet en tout cas que la réflexion soit amorcée, fut un concile ecclésiologique d’importance capitale, un réel tournant, un concile de réforme même [3], bien qu’il soit plus un concile de continuité que de rupture [4]. Vatican II est un acte de réception de Vatican I, concile incontournable pour la question qui nous intéresse, où les déclarations quant au pape sont irrecevables par l’Orthodoxie tant nous sommes loin de l’ecclésiologie eucharistique dont nous parlions plus haut et qui fonde aujourd’hui encore sa pratique – en tout cas dans ce qui en est dit de façon officielle.

Nous plongeant dans la littérature abondante quant à cette question de la primauté du pape – comme en témoigne notre bibliographie –, nous avons pris conscience du fait que les déclarations de Vatican I ne sont finalement que la partie visible de l’iceberg, ou, pour le dire autrement, l’aboutissement d’un long processus enclenché bien des siècles auparavant, la rupture de 1054 en étant déjà une conséquence, comme nous le verrons.

Ainsi c’est l’histoire que nous avons été invité à revisiter, celle de l’Eglise catholique romaine comme celle des Eglises orthodoxes et orientales. C’est aussi le Nouveau Testament qu’il nous a fallu parcourir, car très vite la question de la primauté de l’évêque de Rome fait appel à la figure de Pierre et à une conception de la succession des apôtres. C’est enfin les conciles qu’il a fallu relire, les canons de ceux de l’Eglise indivise qui touchent à notre sujet comme les déclarations des conciles généraux plus récents de l’Eglise catholique romaine [5].

La littérature quant à la primauté de l’évêque de Rome est fort abondante – nous l’avons dit – ; au fil de nos lectures, nous avons souvent croisé la question des patriarcats, souvent mentionnés mais pour lesquels il n’y a finalement pas vraiment de synthèse ; en tout cas ils sont souvent évoqués mais peu traités en tant que tels comme question ecclésiologique ; on pourrait dire que cette notion qui dit un exercice de collégialité est moins travaillée pour elle-même, du point de vue théologique, qu’abordée en étant considérée comme un fait de l’histoire, dont l’exercice est plus ou moins actuel et effectif aujourd’hui, selon que l’on soit d’une Eglise d’Orient ou de l’Eglise d’Occident.

Or – disons-le d’emblée –, la reprise du dialogue qui donna le « Document de Ravenne » en 2007 avait pourtant vu le jour dans un contexte qui pose question, justement par rapport à cette notion de patriarcat. En effet, en mars 2006, disparaissait de la liste des titres du pape de l’Annuaire pontifical celui de « patriarche d’Occident », ce qui provoqua des réactions vives et attristées de la part de représentants d’Eglises orthodoxes – alors que cela put apparaître comme un « dépoussiérage » pour bon nombre de catholiques qui ne savaient même pas que le pape était patriarche d’Occident.

N’y avait-il pas là quelque chose à travailler et à creuser ? En quoi la suppression de ce titre pourrait-elle être une porte ouverte pour des avancées œcuméniques ou, à l’inverse, un recul pour le dialogue ?

 

Comme nous allons le voir dans ce mémoire, se pencher sur ces questions permet d’approfondir les ecclésiologies propres à chacune des deux traditions confessionnelles – catholique romaine et orthodoxe – et à en relire l’histoire complexe, mouvementée et très liée aux questions politiques qui ont traversées les siècles, dans une imbrication des choses tournant parfois à l’embrouillement réciproque entre le théologique, le pastoral et le politique.

Revisiter tout cela, c’est tenter de comprendre un certain nombre d’enjeux œcuméniques pour aujourd’hui autour de cette question de la primauté de l’évêque de Rome au service de la communion dans l’Eglise – dans cette expression il faudrait tenir en même temps : dans l’Eglise catholique romaine et entre les Eglises.

 

Aussi notre mémoire se divisera-t-il en trois parties. Dans un premier temps – dans une partie introductive développée – nous analyserons les raisons avancées à la suppression du titre de « patriarche d’Occident » et quelles furent alors les réactions officielles.

Pointant un certain nombre de questions, nous retracerons alors, dans une deuxième partie, l’histoire de l’émergence et de la mise en place de la « pentarchie » au cours des six premiers siècles – en essayant d’en dégager les implications et conséquences ecclésiologiques.

Dans une troisième partie, nous travaillerons quelques questions propres à chacune des deux traditions ecclésiales concernées par ce dialogue en relisant quelques aspects de leurs évolutions historiques et ecclésiologiques respectives.

Ainsi, dans un dernier temps conclusif, après avoir relu notre parcours et être revenu sur quelques questions théologiques laissées en suspens, nous envisagerons quels seraient les intérêts œcuméniques soit à conserver le titre de patriarche d’Occident soit à le supprimer.



[1] Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe (dans son ensemble), « Document de Ravenne, 13 octobre 2007. Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Eglise. Communion ecclésiale, conciliarité et autorité », in Istina LIII-2008-n°3 (juillet-septembre), p.283-296.

[2] Cf. notamment Rainero La Valle, « Engagement du pape en tant qu’évêque de Rome », in Concilium n°108, 1975, p.75-86.

[3] Nous utilisons cette expression à la suite de Gilles Routhier – et sans doute d’autres théologiens –, notamment dans son livre Vatican II – Herméneutique et réception, Fides, 2006, p.250 par exemple.

[4] C’est ce qu’affirmait le pape Benoit XVI dans son discours aux membres de la curie du 22 décembre 2005 à propos des deux herméneutiques qui s’affrontent et qui sont la clef de lecture et de compréhension de la réception du concile Vatican II.

[5] Il nous semble qu’il serait préférable de parler de conciles « généraux » plutôt qu’« œcuméniques » pour tous ceux qui ne concernent que l’Eglise catholique romaine ; car le mot « œcuménique » est fortement ambigu dans le contexte qui nous intéresse de dialogue avec l’Eglise orthodoxe. Paul VI lui-même aurait dit cela, comme l’affirme Paul Tihon dans sa contribution « Une primauté romaine ouverte à une situation nouvelle » au colloque de l’A.E.T.C. Changer la papauté ?, Cerf, 2000, p.31-32 ; il est suivi par Albert Prignon dans sa « Postface » aux actes de ce même colloque, p.168. Sans doute font-ils référence à sa lettre du 5 octobre 1974, citée par Yves Congar dans « Le pape, patriarche d’Occident », in Eglise et papauté, Cerf, 1994, p.28 : « Lors du centenaire du concile de Lyon de 1274, concile d’union avortée, Paul VI a qualifié ce concile, non d’« œcuménique », comme on le faisait couramment depuis Bellarmin, mais de « sixième concile général tenu en Occident », les cinq précédents étant les quatre du Latran et Lyon 1245. » On en trouve également mention dans Olivier Clément, Rome, autrement – Un orthodoxe face à la papauté, Desclée de Brouwer, 1997, p.108-109.

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Published by Christophe Delaigue - dans Théologie
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