Homélie dimanche 29 janvier 2012

Dimanche 29 janvier 2012 - T.O. 4 / B


Pontcharra / Le Touvet (dimanche soir)


Dt 18,15-20 / Ps 94 (95) / 1Co 7,32-35 / Mc 1,21-28


Nous sommes dans le temps ordinaire, depuis 15 jours – jusque là, aucun scoop ! –, et l’évangile de ce jour nous invite à nous poser ou nous reposer cette question apparemment ordinaire : qui est Jésus ? Qui est-il pour nous ? Qui est-il pour nous aujourd’hui ? Cette question de l’identité de Jésus, elle traverse tout l’évangile de Marc qui va nous accompagner toute cette année, notamment pendant tout le temps ordinaire de cette année.


Que savons-nous de Jésus ? S’agit-il d’ailleurs de savoir – savoir quelque chose – ou devrait-il s’agir d’autre chose ? Je pose la question parce que dans ce texte, qu’est-ce qu’on nous dit ? Celui qui sait, celui qui sait qui est Jésus, c’est un esprit mauvais : « Je sais, je sais fort bien qui tu es »… Il sait… Mais sait-il tout ? Ou plutôt : sait-il vraiment ? Je m’explique : c’est juste ce qu’il dit, c’est juste ce qu’il sait ; Jésus est bien « le Saint, le Saint de Dieu » ; mais n’est-ce pas un peu court ? Qu’est-ce que ça veut dire d’ailleurs pour nous ? Est-ce que nous on dirait ça ? Moi… non… je ne crois pas…


Personnellement il me semble que je dirais : Jésus c’est une présence… Je crois qu’il est le Fils de Dieu et qu’il a été vraiment homme ; la preuve, il est né et il est mort et entre temps il y a eu des témoins de ce qu’il a été et de ce qu’il a dit. Je crois qu’il est celui que Dieu nous a envoyé ; je le crois parce qu’on me l’a dit ; mais aussi parce que mes expériences de vie et mes quelques petites expériences spirituelles ont confirmé ce qu’on m’avait dit ; non pas sans questions, c’est vrai ; mais j’ai eu la chance de découvrir qu’il y a une présence de Dieu dans notre vie ; que cette présence a pour moi un visage : Jésus ressuscité ; ça ne veut pas dire que je l’ai vu de mes propres yeux ; mais j’ai fait cette expérience pas tellement facile à mettre en mot, que sa résurrection ce n’est pas que des mots et que ça a du sens, et même que ça donne du sens à ce que je vis ; donc que c’est vrai et donc que ce que Jésus dit et annonce c’est vrai aussi… Et j’ajoute que je crois qu’il se donne à nous dans ce pain et ce vin de l’eucharistie ; je crois aussi que lorsque deux ou trois sont réunis en son nom – j’insiste sur le « en son nom » – alors il est là, puisqu’il l’a dit à ses disciples et même qu’il l’a promis ; je crois également qu’il peut nous donner son Esprit Saint, c'est-à-dire sa force, son amour, sa présence de vie, si nous le lui demandons.


Je le crois… Tout simplement parce que j’ai pressenti quelque chose de lui dans ma vie ; parce que ça donne sens, et qu’il l’a promis… Je crois… Mais je ne sais rien… Ni certitude ni preuve… Ouf ! Je ne suis pas un démon ou un esprit mauvais !! Vous remarquerez d’ailleurs que dans l’évangile de Marc seuls les démons ou les esprits mauvais savent qui est Jésus ; ils savent, mais ne croient pas. Ça change tout… Moi je ne veux pas juste savoir, même si parfois j’aimerais mieux comprendre ; je veux vivre, et vivre avec lui, Jésus ! Parce qu’un jour j’ai pressenti quelque chose de sa présence dans ma vie et dans la vie d’autres autour de moi ; du coup, et surtout, je veux le chercher, je veux lui faire une place dans ma vie, et même je veux l’annoncer ; surtout, je veux être en relation avec lui car je crois qu’il est présent… Je n’ai aucune preuve, aucune certitude ; j’ai juste la foi, je fais juste confiance…


En plus, ceux qui savent, les démons, les esprits mauvais, c’est un peu court ce qu’ils nous disent ! Je m’en fous, moi, que Jésus soit « le Saint, le Saint de Dieu » : ce sont des mots ! Moi je préfère ses mots à lui, lui Jésus. Or jamais dans l’évangile il ne dit vraiment qui il est : il parle du Fils de l’Homme, toujours à la troisième personne ; il parle de Dieu son Père mais il ne dit pas : « Regardez-moi, je suis le fils de Dieu ! » Et quand ses disciples comprennent qu’il est le Messie, il leur demande de se taire et de ne pas le dire ! Il a trop peur, on dirait, que les gens ne comprennent pas ou plutôt qu’ils en restent seulement aux mots ! Il préfère que ça prenne du temps son dévoilement, le dévoilement de qui il est ; et il préfère, Jésus, que ça prenne du temps que nous comprenions qui il est et plus encore que nous découvrions sa présence dans notre vie...


Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ! Ça veut dire qu’il ne faut pas vouloir convaincre les gens ou espérer que la catéchèse remplisse nos églises. Ce n’est pas le problème, ou en tout cas c’est une façon limitée de voir les choses. Mais en même temps ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas annoncer ce en quoi nous croyons et qu’il faudrait arrêter le parcours Alpha ou la catéchèse ou l’aumônerie ; ça veut juste dire qu’il nous faut surtout entrer dans une dynamique de confiance, de foi ; nous laisser saisir, petit à petit, par cette présence mystérieuse ; pour en vivre et alors en témoigner ; offrir des mots sur ce que nous croyons – pas sur ce que nous savons, nous ne savons finalement pas grand-chose –, offrir des mots sur ce qui nous fait vivre de cette présence, pour qu’un chemin puisse se faire, pour qu’un chemin puisse commencer, par ces quelques mots que nous aurons balbutiés comme moi ce matin, et qu’un jour l’expérience de foi soit possible pour ces enfants, ces jeunes et ces adultes que nous accompagnons ; qu’un jour ils puissent entendre pour eux cette question : qui est Jésus ? Et même qu’ils entendent Jésus leur dire : « Alors, qui suis-je pour toi ? »


Je trouve tout cela finalement assez fou. Et c’est sans doute là cette nouveauté dont parle notre évangile de ce jour : nous croyons en un Dieu qu’on ne peut pas enfermer dans une connaissance et dans des mots ; nous ne pouvons rien savoir si ce n’est faire une expérience, petit à petit, grâce à ce qui aura pu nous être dit, mais surtout grâce à ces témoins qui nous auront permis de croire en une présence de vie et de résurrection qui peut être comme un moteur dans ce que nous aurons à traverser ! La voilà la bonne nouvelle. C’est ce Dieu là, révélé par son Fils Jésus, celui-là même qui se donne à moi, à nous, en nourriture pour venir nous renouveler de l’intérieur, c’est en ce Dieu là que je veux bien croire. C’est lui qui nous rassemble, mais plus encore qui nous attend.


Alors qui est-il pour nous ce Jésus, ce Ressuscité ? Nous prenons quelques instants de silence tout simplement pour nous rendre disponibles, de cœur et de corps, à cette présence qui nous est promise, donnée, cette présence qui va s’offrir à nos pauvres vies humaines, cette présence mystérieuse qui se donne dans ce modeste bout de pain qui va devenir, par notre prière, source de tout amour pour nous et pour notre monde. Il n’y a là rien à comprendre ni à savoir ; c’est juste offert à notre confiance et ça s’appelle la foi… Alors dans la foi, nous osons maintenant le silence, avec Dieu…

Profil

  • Le blog de Ch. Delaigue
  • Christophe Delaigue
  • Prêtre du diocèse de Grenoble-Vienne (Isère), ordonné le 26 juin 2005, en charge de la paroisse Ste Thérèse de l'E.J. (Pontcharra, St Maximin, Le Cheylas, Goncelin, Tencin, La Pierre, Theys, Les Adrets et Hurtières - dans le Haut-Grésivaudan)
  • 23/12/1978
  • Cinéma Lecture Foi Prière Théologie

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